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Depuis quelques jours, le matin, quand on arrive dans la classe, il y a un peu partout des chevalets en bois sur lesquels sont posées des grandes lettres en plastique jaune. Je ne comprends pas du tout ce que c'est, ni à quoi ces grandes lettres servent. Comme souvent depuis la première année de maternelle, le monde de l’école m'est opaque, légèrement angoissant : on y fait des choses étranges que je ne comprends pas mais qui sont obligatoires et que tout le monde semble trouver parfaitement normales. Les grandes lettres jaunes font partie de ces choses incompréhensibles de l’école. Elles sont même LA chose la plus incompréhensible qui ait eu lieu à l’école depuis que j'y vais.
L'année d'avant, on devait mettre dans un ordre logique des séries d'images. J'y arrivais plutôt bien, mais deux séries m’étaient restées complètement énigmatiques. Le passage du blé à la farine : premières images les épis de blé, d'abord tout petits, puis plus grands et mûrs, ensuite les grains, le moulin, et la farine. J'avais fini, après de très nombreux échecs, par admettre que l'ordre était celui-là, mais je ne voyais aucun rapport logique, ni même chronologique, entre les grandes tiges jaunes et la fine poudre blanche. Autre série incompréhensible : les animaux et leurs petits. L'agneau et le mouton, le lapereau et le lapin, le veau et la vache, le poulain et le cheval… Je n'y comprenais rien du tout. Je ne comprenais pas qu'il fallait les regrouper par espèce, car je trouvais que la ressemblance n’était pas frappante et je ne comprenais pas non plus le lien entre le petit animal et le grand. La maîtresse était perplexe. Elle avait expliqué à mes parents que c’était étrange, que j'avais pourtant résolu des séries plus complexes.