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Je ne sais pas ce qui m'arrive je suis épuisée.
Elle a dit ça sans y penser, comme à elle-même.
Elle l'a dit tout haut.
Des mots qui lui ont échappé. Qu'elle a laissé échapper.
Plus ou moins volontairement.
Plutôt involontairement : à peine les mots dits, elle les a regrettés, s'est mordu les lèvres. Elle a senti qu'Etienne se raidissait, comme il se raidit toujours lorsqu'elle dit ça.
Pas tout à fait involontairement non plus : je suis épuisée, a-t-elle soufflé tout bas, juste assez haut pour qu'il entende, et en disant cela elle a ramassé au pied du canapé un magazine féminin acheté le matin même, précisément le genre de magazines qu'Etienne exècre, de ceux qui le rendent fou, qui l'ont longtemps rendu fou en tout cas - avec le temps il faut reconnaître qu'il s'est assoupli, ou ramolli, Jeanne au fond ne sait pas si elle s'en réjouit tant que ça.
Je ne sais pas ce qui m'arrive je suis épuisée, a-t-elle dit dans un soupir et aussitôt l'air s'est tendu, elle aurait presque pu entendre les maxillaires d'Etienne grincer.
Maintenant elle attend. Guette la risposte.
Fatiguée de quoi.