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Que savons-nous encore de Polyeucte ? Des bribes moralisatrices enfermées dans le souvenir de l'ennui lycéen : un hommage convenu aux martyrs chrétiens, la victoire de l'obéissance filiale ou conjugale d'une part, du sacrifice religieux de l'autre sur l'amour humain ?
La mise en scène de Brigitte Jaques-Wajeman, la lecture et l'interprétation du texte qu'elle propose en collaboration avec François Regnault, nous mènent résolument très loin de ces clichés. Brigitte Jaques-Wajeman est familière de Corneille qu'elle travaille et met en scène depuis des années et dont elle nous a toujours montré la résonance politique (« Corneille colonial »). Mais avec ce Polyeucte, à travers la beauté des alexandrins, se font entendre de façon sidérante les massacres djihadistes récents, les destructions de statues et de temples « païens », l'apologie du martyre et du fanatisme, la peur de l'amour et des femmes, la soudaineté des conversions et de la radicalisation de certains jeunes. Et la salle ne s'y trompe pas : sans un murmure, les adolescents qui la remplissent retiennent leur souffle, du début à la fin, face à la force d'un texte que la jeunesse et le talent des comédiens, l'intelligence éblouissante de la mise en scène leur montrent si actuel.
Dès la première scène, Brigitte Jaques nous montre comment Polyeucte bascule : devant un grand lit en désordre où dort encore sa jeune et belle épouse, dont il vient - imagine-t-on - tout juste de quitter la chaleur, il se laisse convaincre par Néarque de courir se faire baptiser. Polyeucte oppose d'abord à son ami le songe alarmant fait par Pauline, et les droits que sa femme a encore sur son âme.