You do not currently have permission to view the full text for this document. Please sign in to an account with an active subscription or contact support.
Freud a été, durant toute sa vie, un épistolier prodigieux. Nous pouvons lire, à côté de sa correspondance avec ses élèves, les lettres qu'il a échangées avec des génies de la pensée qui ont été ses contemporains, Stephan Zweig ou Romain Rolland par exemple. Parfois l'échange ne va pas au-delà de circonstances exceptionnelles, ainsi avec Albert Einstein. Mais lorsqu'il s'agit de maîtres qui ont vécu à des époques révolues, une telle correspondance est un rêve, un doux délire auquel on a envie de se laisser prendre.
C'est à cela que Michel Juffé nous invite puisque, ce dialogue qui n'a pas existé, il l'invente.
Il ne faut pas manquer d'audace, il ne faut pas manquer non plus d'habileté. Michel Juffé dispose des deux. Sa connaissance, comme philosophe, des deux auteurs sur lesquels il a déjà écrit, est très fine (La tragédie en héritage : de Freud à Sophocle, 1999 ; Promenade avec Spinoza, à paraître). Il la met au service de cette fiction.
Il propose un ensemble de seize lettres échangées entre les deux auteurs durant une année, entre janvier 1937 et janvier 1677. On saisit d'emblée, avec le léger vertige que la lecture de ces deux dates dans le sommaire du livre suscite, le tour de force auquel il faut se livrer. On note aussi que la première date se situe lors de la dernière année de Freud à Vienne, avant qu'il ne parte