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Sebastian Leikert10 (Sarrebruck), « La beauté n'est rien d'autre que le commencement de la terreur… L'esquisse d'une esthétique psychanalytique générale », p. 657-681.
Pour penser le phénomène esthétique, la psychanalyse doit se détacher d'une vue langagière -symbolisante. Le langage naît dans l'absence et constitue un système symbolique inconscient qui se réfère à un monde qui lui est extérieur. La perception esthétique, elle, vient de l'expérience perceptive, consciente, présente, continue et non symbolisée. Or la perception reste le parent pauvre de l'analyse, réduite à du « préverbal » ou à du « non verbal ». Il faut donc créer une aire analytique spécifique pour l'aborder, celle de la « sémantique kinétique », propose Leikert. C'est en effet au travers de ses différents états de tension que le corps perçoit l'objet esthétique. Celui-ci apporte à la fois une contrainte (une mise en rythme qui permet de prédire et contient) et une « séduction » qui fait sortir de cette même contrainte (séduire : « conduire hors »). Que ce soit dans l'architecture, cette « musique gelée » (Goethe), ou dans la musique, on oscille entre forme répétitive et échappée (comme par exemple le solo de jazz). La variation (dans le ton, le rythme, l'interprétation personnelle) témoigne du ressenti et de la créativité personnelle. C'est pourquoi l'art se construit toujours aux frontières de la règle. Ces notions s'appliquent à la musique mais aussi à la peinture et à la poésie.