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L'autoérotisme est la clé de voûte de la théorie de la sexualité, en tant que dimension spécifique de la sexualité humaine.
Bien qu'omniprésent dans la vie psychique, sous différentes formes, et à toutes les époques de la vie, l'autoérotisme - aussi bien en tant que concept que sur le plan clinique -, n'a guère suscité de travaux qui lui soient spécifiquement consacrés.
Dans l'œuvre de Freud, même si la notion apparaît en filigrane dans nombre de textes, les occurrences du terme ne sont pas nombreuses, environ vingt-cinq. Curieusement, le terme disparaît du vocabulaire freudien après sa dernière apparition en 1919. En France, depuis le numéro de la Revue française de psychanalyse qui rendait compte du Congrès des psychanalystes de langue française de 1977 où Jean Gillibert avait présenté un rapport fleuve sur le sujet, très peu d'articles ont été publiés, et pas davantage dans la littérature internationale3.
La notion est pourtant centrale dans la pensée de Freud, centrale mais embarrassée. Il tient à une idée, qui lui vient très tôt, et deviendra récurrente, selon laquelle l'autoérotisme est d'abord la capacité d'une satisfaction sexuelle limitée, à partir d'une zone corporelle localisée : « Parmi les couches sexuelles les plus profondes est celle de l'autoérotisme qui n'a aucun but psychosexuel et n'exige qu'une sensation capable de se satisfaire localement » (Freud, Lettre à Fliess, 9 décembre 1899). Les échographies d'aujourd'hui, pratiquées pendant la grossesse, qui montrent que le fœtus suce son pouce alors qu'il ne connaît pas la faim, pourraient lui donner raison. Il faudrait alors inverser la théorie de l'étayage : c'est parce que cela lui donne du plaisir