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Pourquoi un numéro de la Revue française de psychanalyse sur Jacques Lascan aujourd'hui ? En proposant ce thème nous avons conscience d'ouvrir un champ très large de questions, possible boîte de Pandore, tant serait grand le risque de réveiller ainsi des polémiques passionnées. Ces polémiques sont issues des désaccords profonds qui ont abouti à la scission de 1953, mais remarquons que très vite, dès son élection comme titulaire de la SPP en décembre 1938, les réticences n'ont pas manqué, liées surtout à l'obscurité de sa langue. Celle-ci était considérée par Édouard Pichon comme une « cuirasse » et cela même si Lacan lui paraissait l'« un des esprits les plus brillants de la jeune génération psychiatrique française » (Pichon, 1939). Sans revenir sur les événements et raisons ayant entraîné la rupture institutionnelle, il apparaît que de nombreux points de désaccord irréductible persistent concernant à la fois la technique et la théorie, notamment : la scansion et les séances brèves, apparaissant comme des pratiques transgressives et susceptibles d'entraîner emprise et instrumentalisation du transfert ; le langage, souvent hermétique et qualifié parfois d'abscons ; les ouvertures pas toujours rigoureuses vers les domaines connexes, anthropologie, philosophie, linguistique ; la fascination pour le maître, voire l'allégeance à sa personne ; la question de la formation de l'analyste suggérée dans la formulation : « L'analyste ne s'autorise que de lui-même. »
Évoquer ces points, c'est rappeler la séduction exercée par Lacan et par sa pensée, bien au-delà du milieu analytique, mais aussi du même coup, l'ambivalence, le rejet, voire la diabolisation dont il a pu être l'objet, et aussi l'indifférence ou, souvent, la méconnaissance pour de plus récentes générations d'analystes. On aurait ainsi d'un côté les freudiens, de l'autre les lacaniens, qui d'ailleurs s'estiment tout aussi freudiens que les autres, mais héritiers