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Ce numéro se donne pour but d'étudier les facteurs qui interviennent dans l'émergence actuelle, de plus en plus fréquente dès le début de l'adolescence, des problématiques dites « transgenres », où les sujets éprouvent une dysharmonie douloureuse entre leur identité sexuelle et leur identité de genre, conduisant au sentiment d'impérieuse nécessité de remodeler leur corps sexué en fonction de leur vécu interne d'appartenance à l'autre sexe.
Didier Lippe, qui a beaucoup travaillé la question de la construction de l'identité à l'adolescence interroge, dans « Entre croyance et conviction », la conviction absolue, intime et radicale observée chez ces personnes d'être « victimes d'une erreur de la nature » qui les a faites naître dans un corps dans lequel elles ne se reconnaissent pas. Conviction d'ordre naturaliste, déniant tout investissement identificatoire et excluant vigoureusement toute idée de maladie mentale, d'homosexualité ou de travestisme.
Selon l'auteur, ces affirmations proviendraient d'un défaut d'élaboration de la problématique identitaire à l'adolescence : « Faute d'être solidement enracinée dans la psyché, la recherche d'identité cherche à s'inscrire dans le corps propre […] qui devient représentation de Soi. » Pour lui, cette conviction inébranlable correspond à un effet d'après-coup, sorte de « révélation » survenue à l'adolescence, souvent à l'occasion d'une navigation sur Internet, révélation immédiatement résolutive d'un mal-être intérieur indéfini vécu depuis l'enfance : pouvoir mettre un mot sur ce mal-être apporterait une sorte d'harmonisation interne, rapidement appuyée sur des liens relationnels communautaires qui la renforcent. Lippe évoque également l'hypothèse,