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Le propos de Gilberte Gensel sur ce qu'elle propose de penser comme « dissonance sexuelle » m'a d'emblée intéressé, alors que je travaillais sur la bisexualité psychique. En effet, là où Platon envisage Éros comme une tendance à la « consonance […] sorte de conciliation » (1960, p. 713) des parties masculine et féminine de l'être humain, elle entend « une fêlure dans l'accord parfait » (Gensel, 2017, p. 138) qui maintient le désir en éveil et rend possible le rapport sexuel. Cette métaphore musicale suggère que l'interprétation gagne à être énoncée depuis un lieu autre que celui que le transfert lui attribue, par exemple, la voix d'une mère ou d'un père. La dissonance de la parole de l'analyste introduit à du nouveau par-delà l'inquiétant. Gilberte Gensel amène son lecteur à envisager le travail de la bisexualité psychique en séance et son devenir multiple dans les associativités - dissociativités réciproques du patient et de l'analyste sur le modèle du travail du rêve. En effet, la notion de dissonance fait écho à la découverte freudienne de représentations « inconnues » au-delà des « représentations buts » (Freud, 1900a, p. 449) plus clairement établies. La polyphonie des voix - le livre est composé de neuf lettres, chaque fois la narratrice est singulière - met en scène un déplacement permanent du sujet de l'énonciation. La construction de l'ouvrage correspond de la sorte à une théorie implicite de la pratique : il semble possible de faire du terme « dissonance » plus qu'une métaphore, un véritable concept limitrophe du multiple du sexuel infantile et du féminin même si dans sa conclusion l'auteure préfère y voir un mot parmi d'autres de la langue - mais les mots de la métapsychologie n'émergent-ils pas d'un travail de la langue ?
Arrêtons-nous un instant sur l'analogie musicale avant d'entrer dans chacune des lettres et leurs styles d'adresse spécifique. C'est par habitude que l'on dit chez Beethoven ou Bach la tonalité comme le naturel par excellence - l'atonal