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Qui a deux femmes perd son âme
Qui a deux maisons perd sa raison
Éric Rohmer,
De l'alignement « deux par deux » au « deux et deux font quatre », en passant par les dichotomies universelles (le bien et le mal, la thèse et l'antithèse), le « deux » peut susciter des représentations variées. Il s'affirmerait pour certains comme facteur d'ordre et d'harmonie, pour d'autres comme facteur de conflit, et renvoie tout autant à l'analogie qu'à l'antinomie, à la complémentarité ou à l'opposition. Loin d'être une notion psychanalytique, la référence au « deux » imprègne la théorie comme la pratique clinique et ce de multiples façons. Si la représentation du couple émerge souvent en premier lieu, la question de sa composition reste ouverte.
Dès 1895, dans l'« Esquisse », Freud fait se rencontrer un nourrisson en état de désaide (Hilflosigkeit) et un être secourable (Nebenmensch). Érigé parfois en modèle de relation duelle, voire fusionnelle, le couple « être en détresse - être secourable » revêt souvent les apparats du mythe de l'unité perdue et rassurante, déniant castration et séparation. Il faudrait le reconstituer sans cesse afin de retrouver symétrie et équilibre. Cette symétrie désirée au sein du couple fait, à travers le temps, les beaux jours des poèmes et des chansons d'amour, glorifiant la nostalgie des jours heureux et qu'on voudrait éternels.
L'objet primaire, s'il partage le plaisir avec l'enfant, apporte aussi l'altérité que lui confère sa sexualité d'adulte, et donc des possibilités conflictuelles. La mère serait ainsi pour Freud « la première séductrice », introduisant à travers les soins précoces des signifiants « énigmatiques », sources externes de la pulsion (Laplanche, 1987) et du même coup la possibilité d'un autre, d'un tiers.
Relation nécessairement asymétrique, c'est dans sa fonction d'« autre » irrémédiable et la reconnaissance de sa propre vie psychique que le Nebenmensch