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Le paradoxe du dernier ouvrage de Christopher Bollas, déjà présent dans son titre, tient dans sa double dimension, tout à la fois crépusculaire et résolument optimiste. Il s'appuie sur un diagnostic du monde contemporain, à la fois constat de son désarroi et réquisitoire engagé contre les dérives qui se présenteraient comme autant de symptômes: Trump, le Brexit, l'essor des mouvements populistes un peu partout dans le monde, ainsi que l'avènement de nouvelles formes de pensée.
C'est au travers d'une analyse de l'histoire de l'Occident des deux siècles derniers que Bollas tente de comprendre cet état de fait. Les références à des disciplines très diverses - sociologie, histoire, philosophie, littérature, psychanalyse - s'entrecroisent pour alimenter cet essai.
Mais ce qui donne à son analyse sa dimension particulièrement humaine réside peut-être dans la manière dont Bollas traite la folie des hommes et leurs actes. On reconnaît dans sa mise en perspective d'une situation politique donnée son souci de sortir des Abstractions, de replacer ce qui arrive dans l'espace et le temps et dans la concrétude d'une réalité historique. Au travers de cette réflexion, il nous exhorte implacablement à sortir du désarroi sans direction, de la sidération et de la stupeur stérile. Il nous amène à prendre les grands maux de notre temps par la main, pas à pas, et à y réfléchir en psychanalyste, avec la responsabilité de retour à une vérité psychique que cela implique. Il redonne du même coup à la pensée psychanalytique ses lettres de noblesse comme détour réflexif indispensable à toute situation sociale qui nous dépasse.
Dans la lignée amorcée par Freud à la suite de Gustave Le Bon, dans « Psychologie des masses et analyse du Moi » (1921c), Bollas s'exerce à une analogie entre psychologie individuelle, dite du self, et psychologie collective pour en arriver à ce qu'il appelle une « Psychologie politique ».