You do not currently have permission to view the full text for this document. Please sign in to an account with an active subscription or contact support.
Le « gris » est la « couleur dominante » de cette œuvre cinématographique. Caractérisant la perte de l'intensité et de la variété de l'investissement libidinal, le gris peut être considéré dans Sunset comme la conséquence des événements précoces traumatiques qu'ont connus les principaux personnages ; cette grisaille interne les accable et les incite à rechercher des impressions fortes, tout en voulant les éviter.
Iris vient de quitter l'anonymat d'une pension où elle vivait depuis l'âge de 2 ans. Si cette jeune fille de 18 ans s'est mise à la recherche des traces de ses parents, c'est davantage poussée par un effort de son moi en errance que par un mouvement spontané de sa libido. Il en va pour elle avec cette quête de la question même de son « existence ». C'est à travers les diverses circonstances liées à la recherche de ses parents que progressivement elle devient aux yeux de chacun « la fille Leiter ». De même que c'est à la crainte qu'inspire son extrême violence que le frère délinquant doit d'être reconnu comme étant « le fils Leiter ». Les parents Leiter conservent leur mystère. Le spectateur ne saura rien de leur histoire, des persécutions, des crimes dont ils auront pu être victimes ; s'ils ont réussi à protéger la vie de leurs enfants, il est à craindre que ce soit au prix de leur propre effacement.
Le « gris » recouvre la mémoire des « victimes » de la cendre de l'oubli des origines. C'est au sein de cette grisaille que la petite fille se transforme en une orpheline téméraire, qui n'a « même pas peur » de la violence. La « chapelière » et le « clandestin » sont enfin désignés par leur nom, la famille Leiter peut donc exister de nouveau ! Iris, après avoir subi les « épreuves » d'une sorte d'initiation, s'est réapproprié son identité. Mais cette conquête n'a pu se faire qu'au détriment de cette curiosité qui l'animait au début du film: Iris se meut dans la « grisaille », et l'on devine qu'il en sera ainsi pour le reste de sa vie…
Au milieu du siècle dernier,