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Pulsion de vie, mais quelle vie, quand le vivant se caractérise plus par la cessation de ses fonctions - la mort - que par leur existence (Canguilhem) et qu'un vitalisme triomphant a pu recouvrir ce paradoxe ?
Aux commencements, il n'y avait que faim et amour - Liebe (Freud, 1910i/1993, p. 182). La faim méritait à peine le nom de pulsion au regard de l'émergence conceptuelle de la notion : cette force constante qui pousse au-delà de l'objet du besoin et lie la naissance du psychique aux intermittences de l'excitation somatique. Et le scandale de la sexualité infantile ouvrait à la logique de l'après-coup : la pulsion sexuelle vient s'encastrer dans l'immaturité de l'ordre vital qu'il sera impossible de saisir psychanalytiquement en deçà du sexuel venu le recouvrir (Laplanche, 1982). Asymétrie entre pulsions sexuelles et pulsions d'autoconservation ou du moi, parfois appelées alors confidentiellement pulsions de vie dans les Minutes de la Société psychanalytique de Vienne.
Mais pourquoi le tournant des années 1920 restera-t-il celui de l'avènement de la pulsion de mort comme réponse aux impasses de la compulsion de répétition, alors qu'il est aussi celui de l'avènement officiel de la pulsion de vie par regroupement des pulsions sexuelles et des pulsions d'autoconservation (ou de l'une de leurs composantes) ? Dans pulsion de vie, aussi, il y a d'abord pulsion - l'un des concepts fondamentaux de la psychanalyse. Pour Udo Hock, c'est bien la poussée furieuse de la pulsion qui est en jeu dans ce tournant. « À la pulsion sexuelle essentiellement perverse et polymorphe des Trois essais, s'oppose donc une pulsion de vie effrénée, der alles erhaltende Eros, à laquelle s'ajoutent désormais les pulsions d'autoconservation » (2007, p. 75).
En 1920, Éros est donc élevé au rang de concept et, si nous suivons Dominique Bourdin, apparaît avant tout comme une force témoignant de la tension inhérente à la vie, dynamique processuelle continue entre deux polarités aux multiples visages :