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Willy Cohn était une personnalité éminente de la vie intellectuelle de Breslau en Basse-Silésie, sa ville natale (aujourd'hui Wroclaw en Pologne). Historien de formation, il enseignait au lycée de Breslau, mais depuis sa thèse n'avait cessé d'être chercheur et conférencier, spécialisé dans l'histoire de la Sicile à l'époque normande, puis celle de Breslau, et du judaïsme.
Comme il était assez fréquent à cette époque (voir Brève chronique de Freud2), Willy Cohn tenait depuis l'âge de 17 ans un journal. Celui-ci s'est révélé être une chronique exceptionnelle du processus de nazification de l'Allemagne, de la détermination nationale-socialiste à persécuter les Juifs, avant la mise en place de l'extermination barbare. Ce Journal de Breslau, comme le laisse pressentir la datation 1933-1941, n'est pas le témoignage d'un survivant. Si de nombreux rescapés des camps ont pu écrire, une fois passé le long temps où cela leur était impossible, ou plus exactement depuis que la Shoah a acquis la place qui lui revient dans l'histoire du XXe siècle, ils ont surtout témoigné de la barbarie des camps. Willy Cohn, lui, a écrit d'abord pour lui-même, puis dès les premières heures du régime nazi, sur ce que vivaient les Juifs de Silésie au jour le jour : son Journal permet de suivre les conséquences de la nazification dans la communauté juive de Breslau, la troisième plus grande d'Allemagne, et simultanément les privations de tout droit dans une famille juive.
S'il a eu conscience dès l'accession d'Hitler à la chancellerie, le 30 janvier 1933, d'être « pris dans une souricière » (p. 15), son attachement à l'Allemagne,