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Richard Rechtman est psychiatre, psychanalyste et anthropologue, directeur d’études à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS). Il a créé et dirige depuis 1990 le dispositif de consultations spécialisées pour réfugiés cambodgiens au sein du Centre Philippe-Paumelle de Paris. À partir de cette expérience clinique, il poursuit depuis de nombreuses années une réflexion sur l’intentionnalité génocidaire chez les « petits exécutants » de la dictature khmère rouge, qui a donné lieu à de nombreuses publications (dont un article pour la Revue française de psychanalyse, « Faire mourir et ne pas laisser vivre », in 2016/1, « Pourquoi la guerre ? »). Le présent ouvrage approfondit cette thématique, en l’enrichissant d’ouvertures tant vers les débats passés sur la « banalité du mal » et la soumission à l’autorité, que vers les interrogations récentes sur la radicalisation meurtrière de Daech. Il en arrive ainsi à une question cruciale : s’il y a sans doute de multiples explications qui permettent de comprendre comment des gens « ordinaires » peuvent, dans certaines circonstances, accepter de devenir génocidaires, quels ressorts particuliers font pourtant que d’autres, dans le même contexte, les refusent au contraire, parfois au péril de leur vie ?
La double pratique de psychiatre psychanalyste et d’anthropologue de Richard Rechtman me semble en elle-même très intéressante : l’anthropologie ne constitue-t-elle pas aujourd’hui l’une des sources majeures de renouvellement de la pensée clinique (en contrepoint à l’impérialisme des neurosciences), que l’on pense à l’évolution de la famille, de la sexualité et de la vie amoureuse, à l’envahissement par les technologies numériques, aux transformations du travail ou de l’État-providence ? Ces différents exemples nous rappellent en effet que la vie psychique ne se comprend pas sans référence à l’insertion du sujet dans une culture et un tissu social et affectif, qui en retour déterminent en grande partie ce que les sujets c