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Tandis que, dans le théâtre grec ou shakespearien, tant de personnages semblent parler beaucoup mieux qu’ils ne sauraient, soulevés qu’ils sont par le vers et la rhétorique, l’esprit torturé de Woyzeck [le Woyzeck de la tragédie éponyme de Büchner et non de l’opéra de Berg] cogne en vain aux portes du langage […] parce que les mots dont il dispose ne sont pas à la mesure de la force et de la cruauté de ce qu’il éprouve.
À l’encontre d’un idéal de transparence dans la communication, le thème de ce numéro « Traduire » nous confronte à l’hétérogénéité, l’ambiguïté et la valeur générative des écarts dans la traduction d’une langue à une autre, dans la cure et au cœur même de la vie psychique. Qu’il s’agisse d’interroger le destin de la destructivité inhérente à l’acte de traduire, ou de poser le malentendu comme sa structure de base, et non comme son échec ; qu’il s’agisse de nous guider à travers le monde des « visions » que l’écrivain (Aharon Appelfeld) cherche à traduire ou vers celui de son « auto-traduction » (Samuel Beckett) ; qu’il s’agisse d’écouter des patients sans langage ou ceux dont on ne connaît pas la langue ; ou, à l’inverse, de se déprendre de la proximité du dialecte des confidences : autant de résonances entre intime et étranger, familiarité et altérité, traduction, trans-fert et détraduction.
Ce numéro accueille aussi, dans un dossier « Clinique du confinement », des interventions présentées durant les deux mois du premier confinement, et rassemblées par Emmanuelle Chervet. Et enfin, des rubriques diversifiées.
Mais au-delà de leur diversité, chacune de ces cliniques ne peut que ramener à l’humilité « ces louches entremetteurs » (Laurence Kahn) que sont les traducteurs et les analystes.
Martine Girard
Directrice adjointe de la Rfp