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Après Maintenant il faut se quitter, un livre qui traitait du temps de la séparation et des affects spécifiques d’angoisse et de douleur associés, Catherine Chabert nous propose un livre passionnant sur l’attente, ses expressions, et ses effets psychiques reconnaissables à leurs traces conscientes et inconscientes révélées par l’analyse. Avec Les belles espérances, elle prolonge ses travaux théorico-cliniques antérieurs sur les dépressions, les deuils d’objet, objets premiers ou objets de l’histoire, et elle élargit son champ de recherches aux problématiques liées aux pertes d’idéaux ou aux pertes d’environnement, en donnant une place particulière aux illusions et déceptions, et aux oscillations entre les affects d’espoir et de désespoir qui rythment la temporalité de l’attente.
C’est à Alexandre Dumas qu’elle pense en ouverture de son livre, en reprenant deux mots prononcés par Edmond Dantès à la fin du célèbre roman : « Attendre et espérer ». Mais c’est Charles Dickens qui inspire son titre, avec la substitution de belles à grandes ce qui indique d’emblée la place positive et vitale réservée dans cet ouvrage à l’illusion et au rêve, et à leur nécessaire mise en jeu pour soutenir les ambitions et les désirs face aux réalités de la vie. On y reconnaît l’empreinte winnicottienne, mais Catherine Chabert apporte une dimension personnelle, car il s’agit pour elle des illusions qui permettent que l’attente soit féconde et transformatrice, de celles qui sont alimentées par les pulsions de vie et maintiennent l’excitation nécessaire à la mobilité psychique et à la créativité, et non des fantasmes grandioses, omnipotents ou maniaques qui enferment le sujet dans des figurations archaïques aliénantes. Mais la référence à Dickens condense bien d’autres significations. Car l’espérance mise au pluriel, « les espérances », une expression poétique très pertinente pour son propos, éloignent du religieux, de la pensée magique, ou de l’illusion utopique, et donnent accès à toutes les