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Une grande partie du plaisir que procure la lecture du nouveau livre de Marilia Aisenstein, Désir, douleur, pensée. Masochisme originaire et théorie psychanalytique, provient de ce qu’elle fait alterner des récits cliniques toujours saisissants avec des résumés de textes romanesques. Littérature et clinique s’éclairent mutuellement, et donnent facilement à voir les idées nouvelles que l’auteur apporte à la théorie psychanalytique.
Marilia Aisenstein fait partie des psychanalystes psychosomaticiens qui ont entrepris d’utiliser les idées de Benno Rosenberg pour mieux comprendre leurs patients. Comme le rappelle Michel Fain, dans une annexe au livre de Marilia Aisenstein, cet intérêt des psychosomaticiens pour l’œuvre de Rosenberg est ancien, mais n’a pas été partagé par tous. Il remonte à un colloque de 1963-1964 à l’Institut de psychosomatique (Fain, 2000, p. 95). Rosenberg nous avait étonnés en soutenant que le masochisme est « gardien de la vie » : Freud n’avait-il pas introduit la notion de pulsion de mort à propos des phénomènes cliniques de la résistance, et du besoin de souffrir ? (Rosenberg, 1991, p. 20). Le masochisme n’était-il pas la cause principale des échecs des patients dans leurs vies, et une résistance majeure à l’analyse ? (Nacht, 1938, 1948). Mais il ne s’agissait là que du masochisme moral et du masochisme pervers. Rosenberg avait en vue la troisième variété de masochisme décrite par Freud dans Le problème économique du masochisme, le « masochisme primaire érogène ». Le masochisme primaire érogène résulte de la liaison de la pulsion de mort par la libido à l’intérieur de l’organisme. Il est en effet « gardien de la vie » parce qu’il empêche la pulsion de mort de détruire l’organisme de l’intérieur (Freud, 1924c/1973, p. 290-291). Rosenberg avait appliqué cette idée du « masochisme gardien de la vie » aux états psychotiques qu’il attribuait à « un dysfonctionnement important du masochisme primaire, du noyau masochique du moi » (Freud, 1924c/1973, p.