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Adele Tutter (New York, USA) : Sexe, sous-texte, Ur-texte : Freud, Dora et le texte de la suggestion (p. 523-548)
Sanchez-Cardenas M. (2021). Lu dans l’International Journal of Psychoanalysis 3 et 4, 2020.
Il n’y a pas que Sophocle et Shakespeare dans la vie (de Freud). D’autres auteurs, ceux qu’il confessait être ses favoris, l’ont aussi guidé : Cervantès, Flaubert et Zola. Inspiration scientifique et romanesque se confondent chez Freud. Le « Chevalier à la triste figure » avait investi progressivement tous ses biens dans des livres de chevalerie et, en somme, avait ouvert la voie au rêve qui magnifie tout et qui peut se confondre avec la réalité. Freud eut en commun avec Flaubert de braver la morale de par les thèmes « dépravés » abordés par l’un comme par l’autre (Flaubert fut traîné devant la justice pour Madame Bovary ; Freud redouta la censure). Les romans étaient l’ennemi public : ceux qui avaient déformé l’esprit d’Emma Bovary et qui l’avaient conduite à rêver d’amours adultérins ; mais aussi ceux qui avaient imprégné l’esprit de Dora. Du moins si l’on voulait bien croire M. K. lorsqu’il affirmait que c’était la littérature qui l’avait enflammée et non son approche séductrice à lui. On ne peut pas toujours différencier ce qui vient de l’héroïne de roman, de la culture ambiante et de l’œuvre de Freud, souvent noués en une tresse étroite. Son époque, de Charcot à Zola, se passionne pour l’hystérique, un thème romantique peut-être surpassé alors seulement par celui de l’adultère. Ainsi en va-t-il pour Jeanne Grandjean, l’héroïne d’Une page d’amour. Elle souffre de céphalées chroniques, elle tousse, a le souffle court et s’évanouit à la vue de la statue de la Vierge. Et Hélène, la mère de Jeanne, de tomber amoureuse du médecin qui s’occupe de sa fille (le transfert ?). Freud s’identifie à ses héros et auteurs fabuleux, il est sous le coup de leur « suggestion » et ses patientes deviennent ses « héroïnes scientifiques » (et érotiques).