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Cet ouvrage de Christian Gérard s’intéresse au rôle joué par le père de la toute petite enfance dans l’organisation de la vie psychique et le devenir du sujet. Il précise, prolonge et illustre les réflexions déjà avancées par l’auteur dans plusieurs articles antérieurs, notamment dans Le père : un objet primaire ? (Gérard 2004), L’inhibition et ses liens avec le père primaire (Gérard, 2009) ou encore Les triangulations précoces (Gérard, 2010).
Si, comme le rappelle Christian Gérard, la question du rôle du père dans les premières années de vie de l’enfant est aujourd’hui abondamment traitée dans la littérature psychologique, tant sur le plan clinique qu’en psychologie expérimentale, celle-ci est restée en revanche longtemps négligée dans la littérature psychanalytique, que ce soit chez Freud ou chez les auteurs post-freudiens. Ainsi, si le père occupe une place centrale dans l’œuvre du créateur de la psychanalyse, c’est avant tout en tant que père symbolique et œdipien. Chez ses successeurs, les liens précoces ont été d’avantage explorés, mais principalement du côté de la relation mère-enfant.
Loin de renier cet héritage, Christian Gérard explore et développe dans une première partie de son livre les conceptions psychanalytiques de ses prédécesseurs concernant la place du père et les processus psychiques précoces, pour mieux étayer et situer ses propres propositions théoriques. Ainsi, à la suite de Freud, l’auteur envisage qu’un vécu et des processus comparables à ceux décrits initialement vis-à-vis de l’objet maternel, tels que l’expérience de satisfaction, les étayages primaires ou l’identification primaire, puissent advenir avec un objet différent de la mère, tel que le père. À l’instar d’autres auteurs, tels que Melanie Klein, Donald R. Winnicott, Piera Aulagnier ou Denise Braunschweig et Michel Fain, et tout en précisant ici les spécificités de son point de vue, Christian Gérard fait l’hypothèse qu’un psychisme autre que la mère peut être perçu précocement par l’i