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Dans une très belle édition, illustrée de photos d’époque émouvantes (par exemple une carte de Sándor Ferenczi à Freud avec son portrait en médecin militaire en 1915, ou l’anniversaire de Ferenczi fêté par la Société hongroise de psychanalyse en 1929), le livre de Benoît Peeters nous invite à suivre l’histoire mouvementée des liens entre Freud et Ferenczi dans les cercles analytiques à l’origine de nos institutions. Baptisé par Freud comme son « paladin et grand vizir secret » (p. 13), Ferenczi devint à son insu l’enfant terrible de la psychanalyse et finira ostracisé par Freud et ses disciples « plus freudiens que lui » (p. 334). Peeters utilise les nombreuses correspondances entre Freud, Ferenczi et leurs interlocuteurs (1908-1933), pour nous révéler la fécondité de ces échanges sur les plans scientifique et institutionnel, sur fond de luttes de pouvoir souvent passionnelles.
Le premier chapitre met en scène la condamnation par Freud du dernier texte de Ferenczi, « Les passions des adultes et leur influence sur le développement du caractère et de la sexualité des enfants », dont la lecture dans une visite au 19, Bergasse (septembre 1932), fut interrompue par l’arrivée d’Abraham Brill, président de l’American Psychoanalytic Association, un des disciples ouvertement hostiles à Ferenczi et beaucoup moins intime de Freud. Le visage déformé par ses opérations successives de la mâchoire, parlant avec difficulté, nous précise Peeters, Freud, exaspéré, n’a de cesse que de demander à Ferenczi, lui-même très affaibli par la maladie, s’il va enfin accepter la présidence de l’Association Psychanalytique Internationale, un « remède de cheval » qui devrait lui permettre de quitter « l’île des rêves de ses enfants fantasmatiques » pour « rejoindre le combat des hommes » (p. 290). Freud insiste pour que le texte de Ferenczi ne soit pas présenté au Congrès de Wiesbaden, convaincu que l’intérêt de Ferenczi pour les traumatismes infantiles représenterait une véritable régression vers