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Par une sobre publication au numéro 4 de l’année 1922 de l’Internationale Zeitschrift für Psychoanalyse, Freud annonce qu’au 7e Congrès International de Psychanalyse à Berlin il a institué un prix sur le thème Rapport de la technique analytique avec la théorie analytique et d’une valeur de vingt mille marks. Il précise que les travaux doivent lui être envoyés jusqu’au 1er mai 1923, et qu’ils seront évalués par K. Abraham, M. Eitingon et lui-même. Dans les travaux soumis « doit être examiné dans quelle mesure la technique a influencé la théorie et jusqu’à quel point à l’heure actuelle l’une et l’autre se favorisent ou se gênent mutuellement » (OCF.P., XVI, p. 253).
Au tournant des années 1920, Freud complète ses premières théorisations avec la deuxième théorie des pulsions et le modèle structural de l’appareil psychique. Au même moment, plusieurs de ses proches, dont en particulier Sándor Ferenczi et Otto Rank, se lancent dans de nouvelles théorisations au-delà du périmètre des névroses et de l’organisation œdipienne et introduisent des modifications techniques qui laissent Freud sceptique. C’est le lien entre ces théorisations et les innovations techniques correspondantes qui est interrogé ici par Freud, avec le lancement de ce concours.
Le prix de ce concours n’a jamais été décerné. Était-il impossible d’y répondre du vivant de Freud ? Depuis lors, la psychanalyse a changé de paradigme, passant de la clinique de la névrose du XIXe siècle (l’endopsychique) à celle des pathologies plus sévères (où l’influence de l’objet dans la création de la réalité psychique est davantage prise en considération). L’enjeu du concours d’il y a un siècle demeure d’actualité : est-il possible d’assumer ce changement de paradigme sans trahir la pensée clinique de Freud ?
Notre dossier évoque la tension scientifique qui fut à l’origine des interrogations des pionniers d’il y a un siècle ; on y trouvera sans doute plus d’un des éléments qui sous-tendent les débats d’aujourd’hui.
Nicolas Gougo