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Article reçu le 11/12/2021 - accepté le 23/12/2021
Peut-être faudrait-il poser la question ainsi : qu’est-ce que le cinéma et la psychanalyse ont à se dire ? Ce qui en suppose une autre : ont-ils quelque chose à se dire ? Depuis des décennies de numéros spéciaux et de colloques sur le sujet, la réponse est loin d’être évidente. Les cinéastes auraient tendance à dire qu’ils ont d’autres chats à fouetter : déjà, s’ils pouvaient trouver l’argent pour leur permettre de faire le prochain film… Mais il est vrai que le cinéma comme appareil, sinon comme art, a pu susciter l’excitation théorique. Le terme d’écran ne renvoie-t-il pas déjà à des catégories freudiennes ? Souvenir-écran, l’écran du fantasme, sur l’écran noir de mes nuits blanches, moi, je me fais du cinéma… Un film est un rêve, disait Orson Welles, et le rêve n’est-il pas la voie royale vers l’inconscient ? L’écran ne fonctionne-t-il pas comme un miroir ? (Je n’en suis pas sûr). Le public ne s’« identifie »-t-il pas au héros, à la star, selon la dialectique du moi idéal et de l’idéal du moi ? J’ai jadis comparé l’espace in et off de l’écran au jeu de la bobine, Fort-Da, l’objet disparaissant hors champ pour réapparaître, ouf ! dans le champ, et s’il ne réapparaît pas : angoisse. Tous les Vendredi 13 et autres Halloween sont faits là-dessus, n’est-ce pas ? So what ? Aujourd’hui je suis agacé par ces généralisations. Un film de Rohmer ou de Hamaguchi peut comporter des champs-contrechamps, mais il ne fait pas pour autant du spectateur un enfant de 8 mois, il mobilise autant de fonctions corticales qu’une œuvre de Balzac ou de Murakami. Le cinéma a-t-il besoin de la psychanalyse ? Je n’en sais rien. Pourquoi la psychanalyse aurait-elle besoin du cinéma ? D’autant que celui-ci est en déclin rapide face à la puissance de la télévision, des plateformes et des séries. À ce propos, il convient de remarquer que le cinéma n’a jamais vraiment su quoi faire des psychanalystes comme personnages… ce qui n’est pas du tout le c