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Ce numéro, plus volumineux que d’habitude, est riche de points de vue originaux.
Il démarre en trombe avec un article de Stefano Monzani, intitulé de manière évocatrice « Dé-lire avec Pierre Bayard », qui nous initie à la pensée « iconoclaste » de celui-ci. Selon l’auteur, ce professeur de littérature, mais aussi psychanalyste d’inspiration lacanienne, effectue une véritable « révolution copernicienne » en inversant la démarche classique de la psychanalyse appliquée, laquelle en cherchant à décrypter les motions inconscientes dans un texte littéraire exercerait une « violence interprétative » réductionniste. Bayard préconise de mettre en suspens toute grille de lecture préalable, au profit d’un nouvel art de lire appliquant à l’inverse la littérature à la psychanalyse : « L’œuvre elle-même interprète, est d’abord lecture du monde et d’un monde psychique […] elle navigue dans l’aire transitionnelle où règne l’indécidabilité […] elle produit une série de facettes théoriques à la fois vraies et fausses ou encore sérieuses et folles, qui rencontrent nos multiples vérités psychiques. » Au prix d’une « dissociation de soi proche d’un délire », le lecteur peut dégager les « pré-théories intuitives » de l’écrivain, lesquelles produisent un nouveau découpage du monde psychique ou des modèles alternatifs et originaux, par exemple sur le rêve avec Breton, ou la temporalité avec Proust. Ainsi, selon Bayard, les textes comportent un potentiel de changements conceptuels en psychanalyse. « Toute expérience de la lecture implique une intervention active, une rencontre créative », à l’instar du couple analytique, et s’effectue sur un mode transitionnel foncièrement singulier et subjectivant : « se relire soi-même », comme dans la cure être à soi-même son propre interprète. Car Bayard bannit l’interprétation en psychanalyse en tant que « corps différent plaqué sur la parole de l’analysant », et prône en revanche la co-narration et la co-rêverie. Il défend résolument non seulement une