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Le second livre de Michel Granek est, tout autant que le premier, un livre de psychanalyste. Les deux livres ont en commun de trouver une modalité d’écriture pour le psychanalyste, singulière et originale, suffisamment inspirée par sa pratique, entre récit et fiction - dans une mise en dialogue des identifications entre personnages, ayant pour fin avouée de rendre imaginable leur expérience intérieure.
Les deux livres sont pourtant très différents. Le complexe de Josiane2, sous-titré « Nouvelles psychanalytiques », affichait l’intimité de l’auteur avec l’expérience de la position d’analyste. Le récit en troisième personne présentait le discours intérieur d’une femme analyste, en et hors séance, dans ses croisements avec celui de son patient, en mettant en scène le quasi-labyrinthe des méandres du transfert et du contre-transfert : de la nature hybride de la matière transférentielle. Surtout, l’auteur, avec un plaisir jubilatoire communicatif, venait par là troubler nos certitudes, toujours trop tranquilles, quant à la claire différenciation du roman familial et de l’histoire familiale, de la réalité factuelle et de la réalité fantasmatique, de la projection et de l’attente, du pouvoir identifiant des identifications et du pouvoir aliénant des assignations identitaires, du moi et du Je…
L’intranquillité suscitée chez le lecteur, qui capte puissamment son attention, n’est pas séparable de l’entremêlement du récit et de la fiction, dans la reconstruction du discours intérieur des personnages. Dans les deux livres, les discours intérieurs se croisent dans un récit organisé chronologiquement et tenu par la sympathie manifeste de l’auteur-narrateur pour ses personnages, à laquelle le lecteur est appelé à s’identifier. Mais là où Le complexe de Josiane mettait explicitement le récit au service de la fiction, c’est ici à peu près l’inverse et cela tient bien sûr à sa matière, personnelle et collective : la Shoah.
Le récit présenté par Une grande voyage mêle Histoire et histoir