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En cette époque inquiétante de pandémie et de guerre fratricide, j’ai été passionné par un livre dense de 590 pages qui m’a donné envie de le présenter aux lecteurs de la Revue française de Psychanalyse, L’inconscient ou l’oubli de l’histoire. Il ré-ouvre un champ important de réflexion sur les liens difficiles entre la psychanalyse et l’histoire. Les événements mondiaux comme le confinement pandémique, le réchauffement climatique, l’idéologie transactiviste, les dictatures, la guerre en Ukraine, les déplacements de population, ont un tel impact sur nos conditions habituelles d’exercice que le cadre que nous connaissons résiste parfois difficilement. Aussi est-il plus que jamais nécessaire aux psychanalystes de sortir de leur isolement et d’entrer en dialogue avec les historiens et les sociologues. Rappelons que Marion Milner, dès 1952, exprimait sa crainte que la psychanalyse, du fait de sa terminologie, se maintienne dans un isolement qui la conduirait à un appauvrissement de sa pensée (Milner, 1952). Qu’en est-il maintenant ?
Dans l’après-coup de cette lecture m’est revenu à l’esprit le pénible dialogue de sourds qui, dans les années 1970, opposait de grands esprits, Jean-Pierre Vernant, Didier Anzieu et André Green. Vernant reprochait à Anzieu de contraindre le matériel légendaire au modèle freudien et « d’œdipifier » la mythologie grecque. En conclusion de son article « Œdipe sans complexe » (1967), Vernant demandait aux psychanalystes d’être un peu plus historiens, et les hellénistes continuèrent leurs recherches comme si Freud n’avait rien dit. C’est seulement au terme d’une étude des conflits internes de la vie sociale et politique de la société, affirme Vernant, que l’on peut saisir la problématique tragique des Grecs anciens et leur vécu intime. Je me suis demandé si à l’époque de la polémique, où la psychanalyse était omniprésente et rencontrait peu de résistance, il n’y avait pas une certaine arrogance des psychanalystes envers les hellénistes, du type :