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[…] vos essais comportent tout, tout le caractère indomptable de l’amour, son absurdité, ses contradictions et ses rationalisations, ainsi que sa fatalité cosmique.
[…] chacun vit, vit, souffre et jouit seul dans son propre corps […]
Je rapporte avec moi le Moïse anglais – un morceau de vos pensées. Il est tout de même beau que nos pensées puissent continuent voler ainsi au-dessus de nos souffrances, comme de beaux grands oiseaux qui nous échappent.
Pour qui aborderait la première édition de la correspondance intégrale entre Marie Bonaparte et Sigmund Freud, en tant que membre de la SPP engagé dans la Revue française de psychanalyse, au courant de son rôle dans la fondation de ces deux institutions, mais aussi avec la vague idée préconçue d’une richissime princesse en mal d’occupations, le plongeon est vertigineux. Il s’agit en effet de s’immerger dans un « roman épistolaire » de mille pages le plus souvent haletant, dont Marie Bonaparte tient de bout en bout l’initiative de l’écriture, et dans lequel elle nous embarque avec Freud, qu’elle ne lâche pas. Environ deux tiers de ce corpus de près de 900 lettres lui reviennent, avec parfois des salves de missives quotidiennes ; ainsi, après deux lettres du 28 et 29 décembre 1927 (et un télégramme le 31), Freud lui écrit le 5 janvier 1928 : « Pardonnez-moi de ne pas avoir répondu plus tôt à vos deux lettres au contenu si riche », invoquant « une période de paresse » (!) et le besoin de « réfléchir un moment à vos questions » (p. 307). Et il lui rappellera encore à la fin qu’il ne l’a jamais laissée plus de deux semaines sans réponse.