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L’incarnation, thème de cette vingt-troisième livraison de la revue Psychanalyse et psychose, « est une notion qui renvoie à des enjeux théologiques, philosophiques et psychanalytiques », ainsi que l’écrit Alain Gibeault dans sa très complète « Introduction ». Dans ces trois domaines, celle-ci va poser d’une certaine manière une même difficulté, ou question : signifiant le passage d’une entité d’un ordre dans un autre, elle met à chaque fois en jeu ce qui sépare ces deux ordres, et ce qui permet de passer de l’un à l’autre : le Divin et l’humain en théologie, l’âme et le corps, l’essence et l’existence en philosophie, le psychisme et le somatique en psychanalyse. La difficulté, la question seront donc la conception que l’on se fera, à chaque fois, du degré d’irréductibilité de cette séparation, et en conséquence des possibilités de médiation entre les deux.
Il me semble que les différents textes vont nous permettre de réaliser l’intérêt, pour surmonter cette difficulté, de prendre en compte le rôle d’un troisième terme, qui est en quelque sorte celui pour qui l’incarnation prend sens, à qui elle s’adresse.
En témoigne tout particulièrement la place importante tenue par la question du théâtre, de l’acteur, et par extension du psychodrame, qui concerne trois textes :
« L’incarnation dans le psychodrame, et au-delà », de Vassilis Kapsambelis. Celui-ci nous propose d’abord une réflexion sur « La corporéité de la psyché ». Il y souligne l’importance du corps « dans sa relation avec l’autre » (p. 26) : « La construction et l’évolution d’un psychisme humain nécessitent la présence et la participation active d’autres corps, qui sont dotés d’un appareil, d’un psychisme, spécifiquement humains. Par conséquent, ce lien très particulier de la psyché en tant qu’incarnée avec l’objet […] sera intimement associé à la mise en acte, à des formes d’agir, d’action - à l’agieren donc » (p. 28). Puis il évoque, dans « Mise en acte et drame », la pensée d’Aristote sur la tragédie (dans la P