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Voilà un livre des plus stimulants ; il ne peut laisser personne indifférent − d’abord parce que nul n’échappe aux croyances. Patrick Merot part de ce constat : La croyance est partout, « elle infiltre la moindre de nos pensées, le moindre de nos comportements, de nos actes. Elle fonde nos idéologies, nos engagements politiques. Les formes de pensée les plus rationnelles et la pensée scientifique elle-même ne sont pas indemnes du processus de croyance ». Ensuite, parce qu’au-delà de toutes les bonnes raisons dont elles se réclament, au-delà des valeurs, des idéaux projetés sur le futur ou des fidélités qu’elles invoquent, au-delà des arguments d’autorité sur lesquels elles s’appuient dans le champ de la connaissance, nos croyances répondraient pour l’essentiel - c’est le thème central de cet ouvrage − à des exigences basiques, élémentaires, d’ordre économique et que l’on pourrait qualifier comme relevant somme toute de la loi du moindre effort : « principe d’inertie » dans la terminologie freudienne.
Ce qui fait la force de nos croyances, aux yeux de l’auteur, ce qui leur permet de tenir contre les vents et marées de la critique − toujours facile à déjouer, croyance contre croyance − c’est qu’elles donnent réponse à nos questions, elles nous laissent en paix, au repos, tandis que le doute, au contraire, lorsqu’il réussit à faire céder nos lignes de défense, nous oblige à mobiliser toutes les ressources dont nous disposons pour pallier l’angoisse, tenter de retrouver une stabilité, échapper aux questions qui nous torturent l’esprit, nous mettent en cause, nous laissent face au vide ou à la complexité. Le travail, coûteux en énergie, auquel nous ne pouvons alors échapper pour revenir sur le terrain ferme de convictions solidement établies, est celui de la pensée, à la fois réflexive et tournée vers la réalité extérieure. La dialectique entre « activité de croire » et « activité de penser » est au cœur de cet ouvrage dont l’enjeu le plus profond ne tarde pas à se dégage