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C’est en 1962, au Congrès des Psychanalystes de Langues Romanes, que Pierre Marty et Michel de M’Uzan présentent pour la première fois leur travail sur la pensée opératoire. Comme le souligne Marina Papageorgiou dans son avant-propos, il s’agit d’une découverte à la fois « historique » et « originaire » pour la pensée psychosomatique de l’École de Paris. Ce numéro de la Revue française de psychosomatique reprend une partie des interventions de la journée Ipso du 12 juin 2022 commémorant cette découverte, et comprend également plusieurs articles inédits sur le sujet : il propose donc un état des lieux des considérations théoriques actuelles sur la pensée opératoire, ainsi que son articulation avec la notion de conformisme.
Marilia Aisenstein (« La Pensée opératoire de 1962 à 2022 ») rappelle que cette présentation de 1962 constituait un complément indispensable, ne devant rien au hasard, au Rapport de Michel Fain et Christian David sur les « Aspects fonctionnels de la vie onirique », présenté au même Congrès. Il s’agissait, pour Marty et de M’Uzan, de préciser une forme d’activité mentale « négativant l’efficacité de l’hallucination onirique », la pensée opératoire étant « le négatif » de la vie onirique et de la pensée du rêve. Un certain nombre de points diagnostiques et métapsychologiques sont d’abord précisés : la pensée opératoire, dans laquelle il n’y a pas de manipulation mentale ou verbale possible, ne doit pas être confondue avec la pensée obsessionnelle, qui repose sur un mécanisme d’isolation. Elle n’est pas associée à une instance surmoïque fonctionnelle mais repose sur un conformisme au monde environnant. La relation à l’autre est teintée de réduplication projective : l’individu opératoire appréhende l’autre comme un double de lui-même. Il ne s’agit pas d’une pensée secondarisée mais d’une pensée concrète, sans construction d’une véritable temporalité, et la connexion aux mots y est précaire, la parole étant utilisée, avant tout, comme voie de décharge. L