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Le féminin est un sexe autre. Telle est la thèse de Jacqueline Schaeffer, affichée dès le titre de son dernier ouvrage.
Elle ouvre ainsi le débat avec Freud et Simone de Beauvoir, sur un sujet qu’elle élabore et précise depuis 1987, et la parution dans la Rfp de son article princeps, « Le Rubis a horreur du rouge. Relation et contre-investissement hystériques ». Le succès du Refus du féminin (Schaeffer 1997/2008/2013), régulièrement réimprimé depuis sa troisième édition, témoigne de l’actualité et de la force d’une pensée ramenant aux fondements de la psychanalyse : la sexualité humaine (Schaeffer, 2019).
Freud envisage le féminin, « roc d’origine » sur lequel bute toute analyse, comme une altérité menaçante. Celle-ci est rapportée à la différence des sexes et pensée à partir du masculin : c’est pour être « autre que l’homme qu’elle [la femme] paraît incompréhensible, pleine de secrets, étrangère et pour cela ennemie ». En 1949, dans Le deuxième sexe, de Beauvoir dénonce une définition millénaire de la femme comme l’Autre de l’homme, cet Absolu. Ce rapport crée une situation de domination qu’il contribue à maintenir : l’infériorité et le mystère féminin sont des mythes également résistants. La femme a à se défaire de cette identité aliénante pour revendiquer l’égalité et l’assumer. L’égalité n’exclut ni la différence ni la passion, mais celles-ci sont secondaires. Schaeffer conçoit en revanche le féminin comme altérité pour la femme comme pour l’homme. Relativement à Simone de Beauvoir, elle réintroduit l’interdépendance du masculin et du féminin. Au-delà de Freud, elle poursuit l’élaboration du féminin comme l’autre, l’étranger, le haï. Le féminin devient le représentant de la pulsion envisagée à partir de son accueil. Il apparaît alors comme une menace, une violence et une contrainte. Il est aussi ce qui pousse à l’élaboration de la bisexualité psychique, c’est-à-dire à ce que le masculin se dégage du phallique, le féminin du maternel, afin que la psyché s’ouvre à d