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L’éditorial de ce numéro l’affirme sans détour : la trace, c’est celle du meurtre. Elle en témoigne en le défigurant de mille manières et rend son effacement impossible. Et, si la trace mnésique liée à « la part inconciliable de la réalité psychique […] appelle l’art de l’interprétation », qu’on pourrait aussi décrire comme une sorte de chasse, c’est pour saisir une chance pour la vie psychique1.
Dans cet article qui inaugure l’ensemble du numéro, L. Kahn poursuit et développe la résistance qu’elle a engagée - au moins depuis 2014 - avec Le psychanalyste apathique contre les prétendues innovations psychanalytiques qui tentent de « substituer l’affect à l’énergétique pulsionnelle ». Pour ce faire, elle suit le parcours et les détours que prend cette expression de trace mnésique dans l’œuvre de Freud. Évènement psychique, invisible, mais vivant, car réactualisé dans le transfert, elle se différencie de la trace matérielle relevée par l’historien2.
Faudrait-il suivre Wittgenstein, considérer que c’est une simple « façon de parler » ? Notion effectivement fragile, elle a néanmoins le statut de « concept, d’hypothèse non validée, qui n’interdit nullement la poursuite du travail ». Sa conclusion souligne sa malléabilité qui en fait « sa valeur et son plus grand défaut ». Dans les deux domaines, psychanalyse et histoire, l’interprétation et l’inférence à partir des traces sont indispensables. Cela s’accompagne aussi d’une part de subjectivité inévitable, d’où la précarité du concept… qui n’empêche pas d’exister !