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El sueño de la razón produce monstruos1.
Francisco de Goya y Lucientes, 1797, Los Caprichos.
Le mot résister est enraciné dans l'histoire humaine, il s'agit d'un mouvement de révolte conduit par les hommes et les femmes qui entrent en résistance, contre un envahisseur, contre un dictateur, contre une emprise totalitaire d'où qu'elle vienne. L'éventail du mot résister est vaste, entre collectif et individuel. Christophe Dejours (2015) a exploré cette dimension dans le monde du travail. Résister à la tyrannie qui s'abat sur le collectif engage la fidélité aux idéaux et le combat pour conserver la liberté de penser. Mais on peut aussi résister au changement, à la nouveauté pour le meilleur ou pour le pire.
La polysémie du mot résister convoque aussi la résistance immunologique aux maladies ainsi que la capacité régénérative des organismes face aux agressions des tissus et des organes. Dans les dérèglements immunitaires auto-immuns, où le système immunitaire s'attaque à l'organisme lui-même, ou dans le développement anarchique des cellules dans les cancers, l'articulation avec une dimension psychique à l'œuvre a été explorée par les psychosomaticiens psychanalytiques de l'école de Chicago et de l'école psychosomatique de Paris.
Le mot est aussi enraciné dans la psychanalyse, son histoire, sa théorie et sa pratique.
Laurence Kahn (2018) a étudié les modifications de la théorie analytique par l'Ego psychology qui voulait contrecarrer le déroutement des mots de la psychanalyse (comme pulsion par exemple) par la langue du troisième Reich. Chez les analystes émigrés aux USA, il s'agissait de renforcer le moi pour résister au dérèglement de la pensée et à la distorsion de la réalité, au prix cependant d'une modification profonde de la théorie psychanalytique.