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La lecture du nouvel ouvrage de Laurent Danon-Boileau offre un double plaisir. D'abord épistémophilique, car le linguiste nous fait ici profiter de l'étendue de son savoir ; il nous montre comment le langage, loin de servir à de seules fins d'information et de communication, se trouve intimement lié, dès ses origines, à l'expression des mouvements affectifs et émotionnels, et parle autant à l'autre qu‘à soi-même, et de soi-même. Plaisir aussi de pratique clinique qu'il nous propose de partager, car le linguiste est en l'occurrence tout aussi psychanalyste expérimenté – et qui plus est, psychanalyste d'enfants, et spécialiste de l'autisme –, et peut magistralement nous montrer de quelle façon le mot et même l'onomatopée du très jeune enfant s'associent dès l'origine à une valence émotionnelle, qui va combiner plusieurs éléments de la réalité perceptive pour les agréger dans un ensemble personnel, propre au sujet, constitué de représentations inconscientes dont le mot devient à la fois le représentant symbolique et le rempart face à l'angoisse liée à ces représentations. La double fonction du mot, en fait, et sa capacité de liaison : « le mot peut être ce qui fait lien avec les représentations inconscientes qu'un fragment du monde évoque. Mais ce peut être aussi une manière de tenir à distance les inquiétudes qu'il peut provoquer » (p. 30).
Toutefois, le linguiste ne peut pas se contenter de cette analyse. Pourquoi ? Parce que, justement, il est sensible au fait que le mot est avant tout une expérience auditive et une émission de sons, et cette émission nécessite une action motrice (les cordes vocales sont des muscles, tout comme la zone péribuccale). On se souvient ici que, Freud neurologue, connaissait très bien ce domaine des « fonctions supérieures » dont la pathologie commence à être précisée au cours du troisième tiers du 19e siècle : les aphasies, les agnosies et les apraxies. Leur dissociation permettra des avancées dans la connaissance des localisations cérébr