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Ce numéro de la revue comporte un riche dossier, complété dans le numéro suivant (Volume 89-n° 1, de mars 2024).
J'ai choisi d'en présenter trois articles, qui ne sont pas sans liens comme on le verra.
Dans le premier, « L'ombre est tombée sur le corps : Georges Perec », d'Anne Brun, l'auteure propose une « approche psychanalytique de l'œuvre autobiographique de Perec, à partir de deux textes : W ou le souvenir d'enfance, et Un homme qui dort ». Alors que l'on a souvent souligné la relative absence du corps dans cette œuvre, Anne Brun invite « à écouter les figures du corps archaïque et infantile qui se dessinent en filigrane ». Ceci en lien avec « une évolution majeure dans l'approche psychanalytique historique de la création : au fil du temps, la question du rôle joué par le sexuel infantile […] s'est en effet déplacée du côté du rôle joué par la projection du corps réel et imaginaire de l'auteur dans son œuvre » (Ainsi Didier Anzieu dans Le corps de l'œuvre). Elle rapproche par ailleurs la situation de Perec (confronté à la disparition brutale et successive de son père à quatre ans, et de sa mère à six), avec une absence de souvenirs jusqu'à ses douze ans, de celle de patients suivis en cure analytique chez qui se retrouvent absence de souvenirs et pertes majeures dans la petite enfance. Cette clinique marquée par « des zones de retrait de la subjectivité, […] des vécus d'effacement, de blanc », sans souvenirs, mais qui « restent articulées aux états du corps et aux sensations. »
Ainsi, dans W ou le souvenir d'enfance, l'auteure note la présence répétée de cicatrices, « trace indélébile […qui] témoigne de ce qui a eu lieu et a le mérite de ne pas s'effacer […mais aussi] du fait que la blessure s'est refermée », de fractures, comme « pour localiser la douleur, sinon indicible et omniprésente ». Elle repère une suite d'impressions sensorielles, « signifiants formels » selon Anzieu, comme chez les patients qu'elle évoque, puis de scènes de fiction, qui l'amènent à form