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Auteur d'une trentaine de livres, Maurice Corcos nous offre ici un ouvrage important par ses références cliniques, théoriques et littéraires, sur le thème de la violence à l'adolescence. Les 384 pages de cet ouvrage se découpent en treize chapitres, allant de l'« Argument et avant-propos », où est d'emblée posée la question des liens entre la violence et le narcissisme, au chapitre treize « Travail sur les déliaisons dangereuses » (Corcos, p. 361).
Disons-le d'emblée, cet ouvrage est tout à fait original tant dans la forme que dans le fond. Son écriture est serrée, dense, la phrase, parfois longue, d'autres fois courte, est toujours haletante, habitée explicitement ou implicitement de références métapsychologiques, littéraires ou philosophiques. Comme si l'auteur voulait nous faire pénétrer, par le style, dans les mouvements psychiques des « adolescents difficiles » (violents, suicidaires, avec troubles du comportement alimentaire ou toxicomanes) et ainsi nous faire percevoir le « trop-plein » de sensations, face au vide de pensée qui les hante et les déborde, jusqu'à contaminer, dans le contre-transfert, le psychiatre-psychanalyste thérapeute qui les écoute.
Dans la « musique des mots » de sa prose, Corcos nous plonge dans les affects étranglés de ses patients et le travail de penser que cela lui impose. La forme, c'est ici, plus que jamais, le fond ramené à la surface.
Si « un mot n'est pas le même dans un écrivain et dans un autre. L'un se l'arrache du ventre. L'autre le tire de la poche de son pardessus », comme l'écrit Charles Péguy (1934, p, 47), Corcos arrache les mots à l'évidence du ventre de son contre-transfert, faisant œuvre d'écrivain, n'hésitant pas à tirer son travail, j'y reviendrai, de ses propres souvenirs d'enfance. Concernant le fond, la compréhension des phénomènes de violences chaudes (passages à l'acte hétéro-agressifs ou auto-agressifs) ou celles « froides » (inégalités sociales, « horreur économique », comme l'écrit Viviane Forrester en 1996),