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C'est à une ressaisie psychanalytique, mais également sociale, artistique et presque politique du conformisme que nous convoque Jean-Baptiste Dethieux dans son livre, Les monstres ordinaires. Comme dans le film d'Alain Resnais, Mon Oncle d'Amérique , des considérations générales s'y entrecroisent avec l'histoire individuelle d'un homme, et surtout celle de son difficile engagement dans sa thérapie avec l'auteur. S'engager dans sa cure comme on s'engageait en 1914, pas là par hasard, mais pas complètement sujet non plus, mi-bravache mi-déserteur, face à une cascade d'éprouvés de terreur, d'impuissance ou d'élation maniaque sous la bombarde. Face à lui, étourdi par tant de tumulte, l'analyste, à la fois intensément convoqué et activement récusé en tant qu'objet secourable, s'étonne de ressentir une telle distance affective avec son patient.
La richesse bibliographique et clinique de l'ouvrage aurait pu susciter un mouvement comparable chez le lecteur. Toute la subtilité de l'auteur se niche dans son idée de faire alterner deux récits : l'un, collectif, passe en revue la littérature psychanalytique et ses propres intérêts culturels pour en dégager une conception théorisante du conformisme ; l'autre suit pas à pas l'évolution chaotique de sa relation transféro-contre-transférentielle avec Marc telle que ce dernier la malmène. Cette construction originale, sorte de mise en abyme d'une opération psychique décrite par Dethieux comme inaccessible au patient conformiste, offre au lecteur ce que la cure va permettre au patient : se constituer grâce à un investissement objectal créatif et vivant, des introjections suffisamment stables et toujours en mouvement.
Car c'est dans la défaillance d'objets internes suscitant de l'effroi que l'auteur propose de rechercher l'origine du conformisme érigé en « mantra » de fonctionnement. Contrairement aux monstres déviants qui attirent l'attention, ceux dont il est ici question sont des monstres « en creux », se fondant dans les canons de l