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Il y a des livres qu'on garde dans sa bibliothèque « au cas où », ou parce qu'un livre ne se jette pas, ou ne se donne qu'avec difficulté. Il y en a d'autres – très peu – qu'on garde comme un ami auquel on est sûr de rendre visite régulièrement. Comme Marc Hayat est un ami, cela fait d'une pierre deux coups.
Dans cette présentation, je serai subjectif comme lui-même a pu l'être de façon si fine et si authentique. L'auteur nous fait partager d'emblée ses doutes et ses hésitations pour écrire ce livre : « Pour embrasser un domaine aussi vaste, l'approche phénoménologique m'a finalement paru la plus appropriée si on veut présenter le problème et l'explorer. […] Rendre compte de la rencontre avec l'homme limite et avec cette société postmoderne, c'est se confronter à sa sensorialité, et ses émotions, car les sens sont au centre de la psychologie de cet homme nouveau. » Et un peu plus loin il ajoute : « Pour parler du rapport sensoriel au monde, il a suffi que je me laisse bercer par mes souvenirs : j‘étais chez moi. L'Orient de mon enfance n'est que sensorialité, sensualité » (p. 17).
Cet ouvrage n'est ni un livre de psychanalyse, où il s'agirait de réinterroger la métapsychologie, ni un travail de recherche universitaire, ni une autobiographie. Pourtant ce pourrait être « un peu tout ça » à chaque fois en fonction du lecteur ; mais dire que c'est un livre atypique ne suffit pas. C'est un voyage, non pas au bout de la nuit, mais en bordure du jour et de la nuit. Comment tirer un fil entre la Tunisie, le suicide d'un patient, Auschwitz, la Corse, la médecine ?
Le sous-titre de l'ouvrage : « Chroniques d'un psychiatre humaniste » me semble plus proche du texte que le titre principal. Cela dit un autre titre encore, comme « On ne se refait pas », aurait également pu être approprié. En effet tout l'ouvrage montre avec une authenticité et une poésie rares des aspects décisifs du sentiment d'appartenance : Tunisien, juif, et médecin.
Ce qui constitue assurément le fil rouge, c'es