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Le besoin de punition, écrit Freud en 1932, «est le pire ennemi de notre effort thérapeutique. Il est satisfait par la souffrance qui est liée à la névrose et, pour cette raison, il est attaché à l'état de maladie. Il semble que ce facteur, le besoin de punition inconscient, participe de toute affection névrotique» (Freud, 1933a/1995, p. 191). Mais cette généralisation ne concerne-t-elle que la névrose?
Dans une lettre à Thomas Mann du 29 novembre 1936 (Jones, 1957/1969, p. 519), Freud cite le cas de Napoléon. Selon lui, ses désirs de mort à l‘égard de son frère aîné Joseph se retournent en leur contraire, le faisant aimer ce frère plus qu'aucun être au monde avec une conséquence: «l'ancienne agressivité, jadis libérée, n'attendait que d‘être déplacée sur d'autres objets. Des centaines de milliers d'individus indifférents expieront le fait que le petit homme féroce a épargné son premier ennemi». Expiation, punition, besoin de punir!
Quant à l'amour pour Joseph, il se déplace sur Joséphine grâce au prénom qui permet, je cite, de «transférer sur elle une partie du tendre attachement qu'il ressent pour son frère aîné». Ensuite, entraîné par les circonstances, sa répudiation de Joséphine précipite le déclin: «Le grand destructeur travaille dès lors à sa propre destruction. La campagne de Russie, hasardeuse, mal préparée, entraîne sa chute. C'est comme l'autopunition de son infidélité envers Joséphine, du retour de son amour vers l'hostilité originaire à l'égard de Joseph…»
L'amour et le besoin de punir ne sont plus capables de contre-investir la haine, retournement et autopunition deviennent nécessaires.
Avec cet exemple, le besoin de punition s'étend bien au-delà de la névrose jusqu'au caractère et détermine des formes particulières de masochisme, masochisme moral et masochisme social, selon le terme de Reik (1941/1971, p. 246).
Avant cette lettre, Freud a déjà exploré le lien entre caractère et besoin de punition, en particulier chez «Ceux qui échouent du fait du succès» (