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Kai Ogimoto et Tomas Plaenkers (New York et Francfort) (p. 312-326): Incapacité à faire le deuil et nationalisme au Japon après 1945.
À la fin de la Deuxième Guerre mondiale, l'empereur du Japon fit une «déclaration d'humanité»: il n'était plus un dieu mais un humain. Cette figure sociale idéalisée laissait ainsi un vide qui redoublait celui des destructions subies (Hiroshima et Nagasaki) et imposées (les atrocités japonaises du début du XXe siècle ayant entraîné 20 millions de morts). Comment la société japonaise allait-elle psychiquement y survivre? Par le déni et le silence intergénérationnel. Les auteurs de ce texte sont eux-mêmes fils et petit-fils de personnes ayant connu la guerre, et le premier est le petit-fils d'un des rares survivants d'un Hiroshima où tout disparut instantanément, ce survivant n'ayant pu parler de tout cela à son petit-fils qu'en 1995. Le risque mélancolique, si le deuil était abordé, était grand pour toute une société et pour tout un chacun. Ce que Mishima incarna par son livre La voix des héros morts (l'empereur – «Un suprême» – y était vénéré), ou par son ultranationalisme se terminant par son hara-kiri public. Des courants qui rejoignent ceux que les psychanalystes Mitscherlich et Mitscherlich ont décrits dans la société de l'Allemagne de l'Ouest d'après-guerre: là aussi, la figure identificatoire du «leader suprême» (Hitler) avait sombré, et la mégalomanie de même. L'impossibilité de métaboliser ce qui s'était passé s'y prolongea par un nombre incalculable de syndromes mélancoliques, ou bien, comme au Japon, par une identification matérialiste au boom économique. Une autre dimension psychopathologique intergénérationnelle et psychosociale fut au Japon celle de la honte (plus que de la culpabilité). Les auteurs y décrivent un prolongement du trauma sur la génération suivante sous la forme d'un isolement relationnel et d'une difficulté à assumer des personnalités assurées. Il semble que c'est à partir des années 2010 qu'un mouvemen