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Évelyne Chauvet nous offre un livre magnifique et passionnant sur le masochisme, la mélancolie, et leurs tourments. Riche de développements métapsychologiques exposés avec une rigueur exemplaire, il témoigne avec ferveur de leur mise à l'épreuve dans et par l'analyse, pour les patients et tout autant pour l'analyste. En deçà, la présence constante, mezzo voce, de la mythologie, des récits bibliques, de la littérature, de l'art et de la musique, offre un fond sensible et sensoriel au déploiement de la complainte masochiste qui constitue le motif majeur de l'ouvrage.
Le titre et son sous-titre évoquent d'emblée une caractéristique essentielle du masochisme – et peut-être, sans doute, de la mélancolie –, à savoir le paradoxe qui les ordonne et qui constitue la lame de fond des problématiques qu'ils génèrent. En de telles situations, l'engagement dans l'analyse en effet s'inscrit dans une logique paradoxale: c'est souvent le désespoir de la vie qui soutient la démarche, et en même temps, cette entreprise mobilise d'emblée des résistances puissantes, un refus de guérir qui s'arrime cependant à un espoir à la fois ténu et tenace. Cette inscription ambiguë se maintient longtemps dans le cours de la cure; elle rythme les moments et les mouvements du transfert, elle scande le travail analytique du côté de l'analysant, mais aussi du côté de l'analyste: nous connaissons tous ces moments de découragement, ces doutes taraudants qui basculent dans le désespoir, car ce n'est plus tel moment précis, ce n'est plus cette analyse singulière, c'est la psychanalyse elle-même qui menace de sombrer dans la déception et le désaveu.
Dès le début, Évelyne Chauvet soulève directement les questions majeures, notamment sur la mélancolie, auxquelles elle se consacre depuis longtemps: «La mélancolie des créateurs et artistes est-elle signe de génie? Est-elle une folie, une maladie de l'âme? Une complaisance esthétique qui jouit de la douleur? La vie peut-elle être compatible avec la souffrance méla