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C'est une forme de défi que de vouloir traiter de l'irrationnel du point de vue de la psychanalyse. Ne s'agit-il pas précisément de la discipline qui s'est donné pour tâche de ramener à une intelligibilité causale tout ce que l'humain comporte d'irrationnel, depuis les rêves et les actes manqués jusqu'à la superstition ou aux croyances et convictions étranges des humains, en passant par les idées délirantes les plus invraisemblables ?
Pourtant, les termes d'énigmatique et d'obscur ne sont pas rares dans l'œuvre freudienne, et ils ne sont pas que des clauses de style. Il y a quelque chose qui résiste à la rationalité, y compris à celle de la « psychologie des profondeurs », la profondeur pouvant s'avérer sans fond accessible et, telle l'« ombilic du rêve », résistante à toute analyse et à toute interprétation, et restant de ce fait à jamais inexplicable.
Est-ce que tout « inexplicable » est un « pas encore expliqué » ? Il est possible que Freud, à ses débuts, l'ait pensé ; il n'est pas impossible non plus que, chemin faisant, la marche triomphante de la recherche scientifique s'est faite plus modeste, moins confiante quant au résultat final, et l'irrationnel s'est présenté comme une limite à la connaissance, comme la traduction de ce qui, de la pulsion, qu'elle soit de vie ou plus particulièrement de mort, ne semble pas pouvoir être ramené à la raison.
Comme pour rappeler que cet irrationnel est en lien étroit avec le passé infantile de la pensée, ce numéro comporte aussi un dossier sur les apports de la psychanalyse des enfants à la psychanalyse de l'adulte. Il est complété d'articles portant sur l'histoire de la psychanalyse, et sur la théorie et la technique psychanalytiques.
Vassilis Kapsambelis
Directeur de la Rfp.